Regards sur les métiers de demainCollection 1 — Les mutations du travail, de l’IA et des compétences
- institutartsnumeri
- il y a 7 jours
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Saison 1 — Les métiers créatifs
Les métiers qui disparaissent… et ceux qui émergent
L’intelligence artificielle ne transforme pas seulement nos outils. Elle redessine progressivement les frontières entre les métiers, automatise certaines tâches et fait émerger de nouvelles expertises.
Depuis l’arrivée de l’intelligence artificielle générative, une question revient avec insistance :
Quels métiers vont disparaître ?
La question est légitime.
Mais elle est probablement trop simple.
Car les grandes transformations technologiques ne se résument pas à une succession de métiers qui disparaissent et de nouveaux métiers qui apparaissent.
La réalité est beaucoup plus progressive.
Des tâches s’automatisent.
Des compétences perdent de leur importance.
D’autres deviennent essentielles.
Des métiers autrefois distincts commencent à se rapprocher.
Et de nouvelles fonctions apparaissent à la frontière entre plusieurs disciplines.
Dans les industries créatives, cette transformation est déjà visible.
Jeu vidéo, animation, design, audiovisuel, expériences immersives : partout, les méthodes de production évoluent.
Alors, plutôt que de nous demander uniquement quels métiers vont disparaître, peut-être devons-nous poser une autre question :
À quoi ressembleront les professionnels créatifs dont nous aurons besoin demain ?
Les métiers disparaissent rarement du jour au lendemain
Lorsqu'une technologie apparaît, nous avons souvent tendance à imaginer deux scénarios.
Dans le premier, elle remplace l'humain.
Dans le second, elle crée de nouveaux métiers.
La réalité se situe généralement entre les deux.
Avant qu'un métier ne disparaisse éventuellement, ce sont d'abord certaines de ses tâches qui sont transformées ou automatisées.
Prenons un professionnel de l'image.
Une partie de son travail peut aujourd'hui être accélérée par des outils capables de générer des propositions visuelles, supprimer des éléments, créer des variations ou assister certaines étapes de production.
Cela signifie-t-il que son métier disparaît ?
Pas nécessairement.
En revanche, la valeur de certaines tâches évolue.
Produire une première proposition peut devenir plus rapide.
Choisir la bonne direction devient alors plus important.
Créer une variation devient plus simple.
Savoir laquelle sert réellement le projet devient plus précieux.
L'outil prend en charge une partie de l'exécution.
Le professionnel doit davantage apporter du jugement, de l'intention et de la cohérence.
Ce qui risque réellement de disparaître
Les métiers créatifs ne sont donc pas tous menacés de la même manière.
Ce sont principalement les tâches les plus :
répétitives ;
standardisées ;
prévisibles ;
facilement décrites ;
reproductibles ;
faiblement différenciantes
qui sont les plus susceptibles d'être automatisées.
Certaines opérations de détourage, de déclinaison, de retouche simple, de recherche visuelle, de génération de variantes ou de préparation peuvent déjà être assistées par des outils numériques et des systèmes d'intelligence artificielle.
Mais automatiser une tâche ne signifie pas nécessairement supprimer le professionnel qui l'effectuait.
Cela peut aussi lui permettre de consacrer davantage de temps à des missions à plus forte valeur ajoutée.
De l'exécution vers la décision
C'est probablement l'une des transformations les plus importantes à comprendre.
Dans de nombreux métiers créatifs, la valeur professionnelle pourrait progressivement se déplacer :
de la capacité à produire vers la capacité à décider.
Décider ce qui correspond à une direction artistique.
Décider si une image raconte réellement quelque chose.
Décider quelle technologie utiliser.
Décider si un résultat généré est cohérent.
Décider ce qu'il faut conserver, modifier ou abandonner.
Plus les outils produiront facilement des possibilités, plus nous aurons besoin de professionnels capables de faire des choix pertinents parmi ces possibilités.
La créativité ne disparaît donc pas.
Elle change de niveau.
Les métiers créatifs deviennent plus hybrides
Une autre évolution est déjà perceptible : les frontières entre disciplines deviennent moins rigides.
Un artiste peut avoir besoin de comprendre certaines contraintes techniques.
Un développeur peut travailler étroitement avec une direction artistique.
Un designer peut utiliser des outils d'intelligence artificielle.
Un Technical Artist se situe déjà précisément à la frontière entre création et technologie.
Cette hybridation devrait continuer.
Nous verrons probablement apparaître davantage de professionnels capables de dialoguer entre plusieurs univers :
création + technologie
design + données
art + programmation
narration + interactivité
créativité + intelligence artificielle
Cela ne signifie pas que tout le monde devra savoir tout faire.
Bien au contraire.
Plus les environnements deviennent complexes, plus les projets ont besoin de spécialistes.
Mais ces spécialistes devront être capables de comprendre les autres métiers et de collaborer avec eux.
De nouveaux rôles commencent à émerger
Certaines appellations évolueront probablement encore au cours des prochaines années.
D'autres disparaîtront peut-être aussi vite qu'elles sont apparues.
Mais plusieurs tendances permettent déjà d'imaginer de nouvelles fonctions ou de nouvelles spécialisations.
AI Art Director
Le rôle ne consiste pas simplement à générer des images.
Il consiste à définir une intention, construire une cohérence visuelle, sélectionner les productions pertinentes et intégrer différents outils dans une véritable direction artistique.
La technologie produit.
La direction artistique donne du sens.
Spécialistes des workflows créatifs augmentés par l'IA
À mesure que les outils se multiplient, les studios auront besoin de professionnels capables de déterminer comment les intégrer intelligemment dans leurs processus de production.
Quels outils utiliser ?
À quel moment ?
Avec quelles limites ?
Comment garantir la cohérence ?
Comment préserver la qualité ?
Comment articuler travail humain et automatisation ?
La connaissance des outils devient alors indissociable de la compréhension du métier.
Virtual Production Artist
La production virtuelle rapproche cinéma, jeu vidéo, effets visuels et moteurs temps réel.
Elle nécessite des profils capables de travailler avec des environnements numériques tout en comprenant les contraintes d'une production audiovisuelle.
C'est un excellent exemple de métier né de la rencontre entre plusieurs disciplines autrefois davantage séparées.
Realtime Artist
Les moteurs temps réel occupent une place croissante dans le jeu vidéo, l'architecture, l'événementiel, l'audiovisuel et les expériences immersives.
Créer pour le temps réel demande à la fois une sensibilité artistique et une compréhension des contraintes techniques.
Designers d'expériences immersives
Réalité virtuelle, réalité augmentée, installations interactives ou environnements hybrides nécessitent une réflexion qui dépasse la création d'une simple image.
Il faut penser :
l'espace,
l'interaction,
la narration,
l'ergonomie,
le comportement de l'utilisateur.
Nous passons progressivement de la conception de contenus à la conception d'expériences.
Mais attention aux nouveaux intitulés
Il serait tentant de vouloir immédiatement créer une formation pour chaque nouveau nom de métier.
Ce serait probablement une erreur.
Certains intitulés liés à l'intelligence artificielle aujourd'hui populaires pourraient être beaucoup moins utilisés dans quelques années.
Les outils évoluent extrêmement rapidement.
Les intitulés également.
Ce qui est beaucoup plus durable, ce sont les compétences sous-jacentes.
Comprendre une direction artistique.
Maîtriser les fondamentaux visuels.
Savoir raconter.
Résoudre un problème.
Collaborer.
Comprendre un pipeline de production.
Développer son esprit critique.
Apprendre rapidement.
Ces compétences survivront probablement à plusieurs générations de logiciels.
L'IA pourrait paradoxalement renforcer la spécialisation
Cela peut sembler contradictoire.
Puisque l'intelligence artificielle permet à chacun d'accéder à davantage d'outils, ne va-t-elle pas transformer tous les créatifs en généralistes ?
Nous pensons que l'évolution pourrait être plus complexe.
Les outils permettront certainement à un professionnel d'explorer plus facilement des domaines qui ne sont pas directement les siens.
Mais dans les productions ambitieuses, l'expertise restera déterminante.
Une personne pourra générer un environnement.
Un Environment Artist saura pourquoi cet environnement fonctionne.
Une personne pourra produire un personnage.
Un Character Artist comprendra l'anatomie, la silhouette, les proportions, le langage visuel et la cohérence du design.
Une technologie peut proposer.
L'expertise permet de juger.
Et plus la quantité de contenu disponible augmentera, plus cette capacité de jugement pourrait devenir précieuse.
Le portfolio va lui aussi évoluer
Cette transformation aura également des conséquences sur la manière de présenter ses compétences.
Pendant longtemps, un portfolio pouvait principalement montrer le résultat final.
Demain, il devra probablement davantage montrer la démarche.
Comment le projet a-t-il été construit ?
Quels outils ont été utilisés ?
Quelle était la contribution personnelle du candidat ?
Quels choix ont été réalisés ?
Quels problèmes ont été rencontrés ?
Comment ont-ils été résolus ?
Comment l'intelligence artificielle a-t-elle éventuellement été intégrée au processus ?
Dans un environnement où produire une image impressionnante devient plus accessible, comprendre le processus de création devient essentiel.
Le portfolio ne devra plus seulement montrer ce que l'on sait produire.
Il devra raconter comment on pense.
Les compétences humaines prennent davantage de valeur
Plus les outils progressent, plus certaines compétences humaines deviennent importantes.
La créativité
Non pas simplement produire quelque chose d'original, mais imaginer une réponse pertinente à un problème.
L'esprit critique
Être capable d'évaluer un résultat plutôt que de l'accepter parce qu'un outil l'a produit.
La collaboration
Les productions créatives restent des aventures collectives.
L'adaptabilité
Les outils utilisés aujourd'hui ne seront probablement pas exactement ceux utilisés demain.
La curiosité
Observer d'autres disciplines permet d'enrichir sa propre pratique.
La capacité à apprendre
C'est peut-être la compétence la plus durable de toutes.
Former à un métier plutôt qu'à un logiciel
Cette transformation constitue un enjeu majeur pour les établissements de formation.
Il serait rassurant d'imaginer qu'il suffit d'ajouter quelques outils d'intelligence artificielle à un programme pédagogique pour préparer les étudiants à l'avenir.
Ce serait insuffisant.
Former aux métiers de demain signifie avant tout transmettre des fondamentaux suffisamment solides pour permettre aux futurs professionnels de s'adapter.
Un logiciel change.
Une interface change.
Une technologie peut même disparaître.
Mais comprendre la lumière, la composition, la narration, l'expérience utilisateur, les contraintes d'une production ou la collaboration avec une équipe constitue un socle beaucoup plus durable.
C'est pourquoi la formation doit progressivement passer d'une logique :
« voici l'outil que vous devez maîtriser »
à une logique :
« voici le métier que vous devez comprendre ».
Préparer les étudiants à des métiers qui n'existent peut-être pas encore
C'est probablement l'un des grands défis de l'enseignement aujourd'hui.
Comment former quelqu'un à un métier qui apparaîtra dans cinq ou dix ans ?
Nous ne pouvons pas connaître tous les futurs intitulés.
En revanche, nous pouvons préparer les étudiants à évoluer.
En leur apprenant à apprendre.
À expérimenter.
À développer une expertise.
À travailler avec d'autres spécialistes.
À questionner les outils.
À comprendre les transformations de leur secteur.
À conserver leur curiosité.
Former aux métiers de demain ne signifie donc pas prédire précisément l'avenir.
Cela signifie donner aux étudiants les moyens de s'y adapter lorsqu'il arrivera.
Les métiers changent. La créativité demeure.
L'histoire des industries créatives est une histoire de transformations.
Le numérique a changé le dessin.
La 3D a changé l'animation.
Les moteurs temps réel ont changé la production.
Les plateformes ont changé la diffusion.
L'intelligence artificielle constitue une nouvelle étape.
Certaines tâches disparaîtront.
Certains métiers évolueront profondément.
De nouveaux rôles apparaîtront.
Mais derrière ces transformations demeure une constante :
le besoin de femmes et d'hommes capables d'imaginer, de comprendre, de choisir et de créer du sens.
La véritable question n'est donc peut-être pas :
« Quels métiers vont disparaître ? »
Mais plutôt :
« Quelles compétences permettront aux professionnels de continuer à évoluer lorsque leur métier se transformera ? »
C'est à cette question que les écoles, les entreprises et les professionnels doivent désormais commencer à répondre.
À retenir
Les outils vont changer.Les métiers vont évoluer.De nouvelles fonctions vont apparaître.Mais la capacité à apprendre, à créer et à s'adapter restera au cœur des métiers créatifs.
Collection — Regards sur les métiers de demainLes mutations du travail, de l'IA et des compétences
Saison 1 — Les métiers créatifs
Institut des Arts Numériques


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