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Collection COMPÉTENCES Qu’est-ce qui fait un bon professionnel ?


Le storytelling - Savoir raconter pour donner du sens à ce que l’on crée

Une belle image attire le regard. Une bonne histoire lui donne une raison de rester.

Dans les arts numériques, nous parlons beaucoup de compétences techniques.

Maîtriser Blender.

Créer un environnement dans Unreal Engine.

Sculpter un personnage.

Concevoir une interface.

Animer.

Programmer.

Produire des effets visuels.

Ces compétences sont indispensables.

Mais deux professionnels maîtrisant les mêmes outils peuvent produire des expériences radicalement différentes.

Pourquoi ?

Parce que la qualité d’une création ne dépend pas uniquement de sa réalisation technique.

Elle dépend aussi de ce qu’elle cherche à raconter, de l’émotion qu’elle souhaite provoquer et du sens qu’elle donne à l’expérience.

C’est ici qu’intervient une compétence parfois sous-estimée :

le storytelling.

Qu’est-ce que le storytelling ?

Le storytelling est souvent traduit par « l’art de raconter des histoires ».

Mais dans les industries créatives, sa portée est beaucoup plus large.

Il ne s’agit pas nécessairement d’écrire un scénario avec un début, des personnages et une fin.

Le storytelling consiste à organiser des informations, des images, des actions ou des émotions de manière à construire une expérience porteuse de sens.

Un personnage raconte quelque chose.

Un décor raconte quelque chose.

Une lumière raconte quelque chose.

Une interface peut même raconter quelque chose.

Le storytelling commence donc bien avant l’écriture d’un scénario.

Il commence par une question :

« Qu’est-ce que je veux faire comprendre, ressentir ou vivre ? »

Raconter sans utiliser de mots

Imaginons une pièce.

Elle est vide, propre et parfaitement rangée.

Que raconte-t-elle ?

Peu de choses.

Ajoutons maintenant une chaise renversée.

Une fenêtre brisée.

Une tasse encore posée sur la table.

Des photographies au mur.

Une porte restée ouverte.

Sans dialogue, sans texte et sans personnage, une histoire commence déjà à apparaître.

Que s’est-il passé ?

Qui vivait ici ?

Pourquoi cette personne est-elle partie ?

Le spectateur commence à interpréter les indices.

C’est ce que l’on appelle notamment la narration environnementale.

Dans les arts numériques, raconter ne signifie donc pas toujours expliquer.

Cela peut consister à donner suffisamment d’indices pour que l’utilisateur construise lui-même une partie de l’histoire.

Le storytelling concerne presque tous les métiers créatifs

Il serait tentant d’associer cette compétence uniquement au Narrative Designer ou au scénariste.

En réalité, elle concerne une grande partie des métiers des arts numériques.

Le Concept Artist

Il ne dessine pas seulement un personnage.

Il doit faire comprendre qui il est.

Son âge, son histoire, sa fonction, sa personnalité ou son appartenance à un univers peuvent être suggérés par sa silhouette, ses vêtements, ses accessoires et ses couleurs.

Le Character Artist

Une cicatrice, une armure usée, une posture ou un détail vestimentaire peuvent raconter le vécu d’un personnage avant même qu’il ne parle.

Le Prop Artist

Une épée parfaitement entretenue et une épée rouillée et réparée plusieurs fois ne racontent pas la même histoire.

L’objet devient un élément narratif.

L’Environment Artist

Architecture, végétation, lumière, objets et traces laissées dans un environnement permettent de raconter ce qui s’est produit dans un lieu.

Le Lighting Artist

Une lumière froide ou chaleureuse peut complètement modifier notre perception d’une scène.

La lumière devient elle-même un langage.

Le Game Designer

Les règles et les mécaniques peuvent également raconter.

Ce que le joueur peut faire, ce qu’il ne peut pas faire et les conséquences de ses décisions participent à l’expérience narrative.

L’UI/UX Designer

Même une interface raconte quelque chose sur l’univers auquel elle appartient.

Sa forme, son rythme, ses animations et ses interactions participent à l’identité de l’expérience.

Une histoire commence par une intention

Avant de raconter, encore faut-il savoir ce que l’on veut transmettre.

C’est probablement l’une des premières qualités d’un bon professionnel :

ne pas créer uniquement parce que l’on sait créer.

Mais se demander :

Pourquoi cette image ?

Pourquoi cet objet ?

Pourquoi cette couleur ?

Pourquoi ce mouvement ?

Pourquoi cette interaction ?

Pourquoi cette technologie ?

Un choix devient véritablement pertinent lorsqu’il sert une intention.

Le storytelling oblige ainsi le créateur à dépasser la simple démonstration technique pour entrer dans une logique de conception.

Créer une émotion

Une expérience mémorable n’est pas nécessairement celle qui possède la technologie la plus impressionnante.

C’est souvent celle qui nous a fait ressentir quelque chose.

Curiosité.

Surprise.

Tension.

Joie.

Empathie.

Émerveillement.

Le storytelling permet d’organiser progressivement ces émotions.

Dans un jeu vidéo, par exemple, le rythme peut alterner entre exploration, tension et récompense.

Dans une expérience immersive, l’environnement peut progressivement révéler de nouvelles informations.

Dans une animation, le cadrage, le mouvement et la musique peuvent préparer une émotion avant même qu’un événement se produise.

Raconter, c’est aussi organiser l’attention et l’émotion.

Storytelling et jeu vidéo : raconter par l’action

Le jeu vidéo possède une particularité importante.

Le spectateur devient acteur.

Il ne regarde plus seulement l’histoire.

Il agit à l’intérieur de l’expérience.

Cela change profondément la manière de raconter.

Une porte fermée peut créer une attente.

Un objet découvert peut révéler une information.

Une décision peut modifier la suite de l’expérience.

Un environnement peut guider le joueur sans lui indiquer explicitement où aller.

Le storytelling interactif consiste donc à penser non seulement :

« Que vais-je raconter ? »

mais également :

« Que vais-je permettre au joueur de découvrir, de décider ou d’expérimenter ? »

Le storytelling est aussi une compétence professionnelle

Son intérêt ne s’arrête pas à la création d’une œuvre.

Un professionnel doit également savoir raconter son propre travail.

Présenter un projet à un client.

Expliquer une direction artistique.

Défendre un concept devant une équipe.

Présenter son portfolio.

Justifier une décision.

Convaincre autour d’une proposition.

Lors d’un entretien, montrer uniquement une belle image n’est pas toujours suffisant.

Pouvoir expliquer :

le problème de départ,

l’intention,

les choix réalisés,

les contraintes rencontrées,

les solutions trouvées

et le résultat obtenu

permet de démontrer bien davantage qu’une maîtrise technique.

Cela révèle une capacité à penser un projet.

Un portfolio doit lui aussi raconter une histoire

Cette dimension est particulièrement importante pour les étudiants.

Un portfolio ne devrait pas être simplement une galerie d’images.

Il doit permettre de comprendre :

Qui êtes-vous en tant que créateur ?

Qu’aimez-vous faire ?

Dans quoi souhaitez-vous vous spécialiser ?

Comment travaillez-vous ?

Comment passez-vous d’une idée à un résultat ?

Présenter les recherches, les références, les étapes de création et les choix effectués permet au recruteur de découvrir non seulement le résultat final, mais également le raisonnement du candidat.

Un bon portfolio raconte donc deux histoires :

celle des projets présentés,

et celle du professionnel qui est en train de se construire.

Storytelling et intelligence artificielle

L’intelligence artificielle générative rend cette compétence encore plus intéressante.

Produire une image devient plus rapide.

Explorer plusieurs directions visuelles également.

Générer des propositions de texte, de scénario ou de concept devient accessible.

Mais cette abondance de possibilités fait apparaître une nouvelle question :

Que voulons-nous réellement raconter ?

Une technologie peut proposer.

Elle peut générer.

Elle peut combiner.

Mais le professionnel doit conserver la capacité à choisir, orienter, supprimer, transformer et construire une cohérence.

Plus les outils permettent de produire rapidement, plus l’intention créative devient importante.

Le storytelling peut donc devenir l’un des moyens permettant de distinguer une production techniquement réussie d’une création réellement pensée.

Comment développer son storytelling ?

Comme toutes les compétences, le storytelling se travaille.

Observer

Regarder comment les films, jeux, publicités, bandes dessinées ou expériences interactives construisent une émotion.

Développer sa culture

Cinéma, littérature, photographie, peinture, architecture, musique et jeu vidéo nourrissent notre manière de raconter.

Se poser la question du « pourquoi »

Avant chaque décision créative :

Pourquoi est-ce que je fais ce choix ?

Simplifier

Une histoire efficace n’est pas nécessairement compliquée.

Une intention claire vaut souvent mieux qu’une accumulation d’idées.

Faire tester

Ce que nous voulons raconter n’est pas toujours ce que le public comprend.

Observer les réactions permet d’ajuster la création.

Apprendre à présenter

S’entraîner à expliquer un projet en quelques minutes est un excellent exercice.

Si l’intention est impossible à expliquer clairement, elle mérite peut-être encore d’être travaillée.

La technique au service de l’intention

Il ne s’agit évidemment pas d’opposer storytelling et compétences techniques.

Un professionnel des arts numériques doit maîtriser ses outils.

Mais la technique doit progressivement devenir un moyen.

Blender permet de modéliser.

Unreal Engine permet de construire des expériences interactives.

ZBrush permet de sculpter.

Substance permet de créer des matières.

Une IA peut aider à explorer.

Mais aucun de ces outils ne décide à notre place :

ce que nous voulons faire ressentir.

C’est là que commence le travail du créateur.

Qu’est-ce qui fait alors un bon professionnel ?

Un bon professionnel ne se définit pas uniquement par le nombre de logiciels qu’il maîtrise.

Il sait aussi :

comprendre une intention ;

transformer une idée en expérience ;

faire des choix cohérents ;

communiquer sa vision ;

collaborer avec d’autres métiers ;

et donner du sens à ce qu’il produit.

Le storytelling participe directement à toutes ces dimensions.

Il permet de passer de :

« Regardez ce que je sais faire »

à :

« Voici pourquoi je l’ai fait ainsi. »

Et cette différence est fondamentale.

À l’Institut des Arts Numériques

Former aux métiers des arts numériques ne peut pas consister uniquement à transmettre la maîtrise des logiciels professionnels.

Il faut également apprendre aux étudiants à développer une intention.

À observer.

À construire une direction.

À argumenter leurs choix.

À présenter leurs projets.

À raconter avec une image, un personnage, un environnement, une interaction ou une expérience.

Les projets constituent pour cela un terrain d’apprentissage essentiel.

Car chaque création oblige à répondre à trois questions :

Qu’est-ce que je veux raconter ?

Comment vais-je le raconter ?

Qu’est-ce que l’utilisateur va réellement comprendre ou ressentir ?

En conclusion

Dans les industries créatives, savoir produire est indispensable.

Mais savoir pourquoi l’on produit et ce que l’on souhaite transmettre fait souvent la différence.

Le storytelling n’est donc pas seulement une technique narrative.

C’est une compétence qui aide le professionnel à donner une direction à son travail, à communiquer ses idées et à créer des expériences plus cohérentes et plus mémorables.

La technologie permet de fabriquer.

La maîtrise permet de réaliser.

Mais l’intention donne du sens.

Et finalement, un bon professionnel n’est peut-être pas seulement celui qui sait créer quelque chose de beau ou de techniquement impressionnant.

C’est celui qui sait pourquoi il le crée, ce qu’il veut transmettre et comment faire en sorte que les autres le ressentent.

Collection — COMPÉTENCES

Qu’est-ce qui fait un bon professionnel ?

Avec la collection « Compétences », l’Institut des Arts Numériques explore les savoir-faire techniques, créatifs et humains qui permettent de construire son identité professionnelle dans les industries créatives.

Épisode — Storytelling : savoir raconter pour donner du sens à ce que l’on crée.

Maîtriser les outils. Développer son regard. Construire sa différence.

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